Esquifs est une invitation à créer et à explorer. Lieu collaboratif de partages et d’échanges, nous tentons de nous doter d’outils, d’approfondir des réflexions et de nous éduquer ensemble. Nous souhaitons nous documenter pour mieux documenter le monde qui nous entoure. Cette pratique est donc un déplacement, il s’agit de faire soi quelque chose qui vient des autres pour le transmettre à d’autres.

Dans l’idée d’apprendre ensemble, nous organisons chaque mois des arpentages, lectures collectives d’ouvrages plutôt théoriques, dont une thématique, choisie ensemble, sert de fil rouge pour un temps déterminé.

Historiquement, l’arpentage est une méthode de lecture collective qui nous vient de la classe ouvrière. Cette approche permet de lire ensemble un livre en peu de temps et de créer une culture commune autour d’un sujet.

L’arpentage permet de désacraliser le rapport au savoir, au livre, et de faire l’expérience d’un travail commun critique et égalitaire. Nul besoin d’être érudit, tout le monde peut participer et partager ses ressentis, vécus et questionnements ; le livre et les propos de l’auteur·trice servant surtout de support à la discussion, aux partages et à l’élaboration d’une pensée collective. 

Selon les mots d’une d’entre nous, l’arpentage, c’est d’abord se contraindre à des horaires où on aimerait poser sa montre, et transformer ces heures en œuvre collective. Car c’est dans ce temps, construire un espace. Un espace de rencontres. Celui des pensées. Celles de gens connus et d’inconnu·es, de chair et d’os et de papier. Rencontres de voix, de regards et d’écrits. Les pages qu’on déchire, qu’on partage. Équitablement. Comme le reste. Faire d’abord la place aux lecteurs, aux lectrices, plus qu’aux auteurs, aux autrices. Place aux échos, aux liens. Feuilleter ensemble les essais apportés, en choisir un et le lire. Pas tous tout, une partie pour chacun·e de nous, on se distribue le livre. Déconstruire. Lire seul·e mais pas vraiment. Enveloppé·e du silence des autres. Plongée solitaire dans un des fragments pris au hasard, pouvoir de lecteur, de lectrice, d’en retirer ce qui parle, l’essence, le sens que personne d’autre que soi ne peut reconstruire. Et puis retourner vers les autres, au commun des lecteur·trices, délecteurs. Orchestre qui recompose entre les lignes et les pages, réinvente les mystères, les histoires, les concepts, les savoirs grâce aux pages traduites par chacun·e. Re-créer, réinventer  ensemble le livre. Nouvelle composition qui fait de nous les auteur·trices de ce moment unique.

Pour rendre compte des échanges que nous accumulons lors de ces moments, nous avons décidé de laisser des traces à l’issue de chaque cycle. Sous forme d’un carnet dépliable, cet objet, qu’on a appelé Dépli, est une prolongation des lectures faites ensemble.

Notre programmation dépend de notre capacité à déployer un cycle sur un trimestre au moins et des disponibilité et régularité des personnes qui fréquentent les arpentages.